03.07.2008
Le centenaire d’une grande Dame : l’école de Mégrine Riadh
J’ai eu la grande joie de me trouver dans la commune de Mégrine Riadh ce dimanche 29 juin 2008. Cette commune baptisée autrefois, « du temps des Français », Mégrine Lescure est celle qui m’accompagne depuis toujours sur mon acte de naissance. C’est là où la famille Geronimi avait une maison dans la petite rue de l’Aube. Cette maison, je l’avais retrouvée, il y a maintenant 2 ans, très exactement fin mai 2006, lors de mon voyage « à la recherche du temps perdu », moi l’Ulysse en jupons. Ce retour je l’ai dû à Ibrahim Ouerzazi, le propriétaire de l’Agence Travel Academy de Mégrine Riadh et c’est cet ami qui a eu la belle idée de me convier à cette fête, dimanche après-midi. Que les enfants de l’école étaient fiers de parader, pancarte en tête accompagnés de la Fanfare locale ! Que j’étais heureuse de me mêler à eux et de les photographier caracolant sous le soleil encore chaud de 17 heures… Ce qui m’a le plus émue c’est d’avoir vu la fanfare et le cortège passés devant ma maison de naissance et d’avoir pu les saluer du pas de la porte.
Une fois le quartier parcouru aux sons tonitruant de ces fanfares de quartier qui me rappelaient tant les Brass-Bands de la Nouvelle-Orléans et les marches des écoles locales, nous avons retrouvé sous le préau de l’école, les responsables locaux et surtout le personnel enseignant de l’école, passé et présent. Les anciens étaient là, plusieurs à la recherche d’un copain perdu de vue depuis au moins 40 ans. La joie et l’émotion éclairaient les visages de
certains, lorsqu’ils retrouvaient un de leur compagnon ou une ancienne institutrice. La prof de français, Mme Tanfous, sévère mais juste, à la diction impeccable a laissé un souvenir impérissable dans la tête de ses élèves, et à juste titre. Cette femme avait formé dans les années 60 toute une génération de jeunes baby boomers qui maintenant lui sont gré de son enseignement.
Les plus anciens se souvenaient encore de leurs institutrices et instituteurs français et les appelaient par leur nom et m’en parlaient avec un bonheur qui faisait chaud au cœur. Ils n’avaient rien oublié de cette époque et en gardaient une nostalgie sereine. L’exil est plus difficile à vivre à mon avis, il faut se reconstruire dans un pays qui ne nous reconnaît pas immédiatement, alors que la nostalgie de copains qui nous ont quittés pour l’étranger teinte le souvenir de l’aura du monde merveilleux de l’enfance.
Ce dimanche j’étais la seule mégrinoise-française présente à cette commémoration. Pourtant le groupe des anciens Mégrinois de France avaient été invité par le directeur de l’École. Malheureusement, l’organisation du déplacement du groupe aurait nécessité un plus grand laps de temps et des réunions spécifiques en France qui n’ont pas eu lieu. Si bien que mes parents m’ont appris l’information de l’invitation tunisienne à la mi-mai seulement, découverte lors d’une réunion des Anciens. Ces derniers avaient décidé de décliner l’invitation par courrier. Alors ma présence inattendue n’était pas inutile et j’en fus d’autant plus touchée que l’on me mit à l’honneur en m’invitant à prendre la parole devant tous les invités et les enfants de l’école, ce que je fis avec plaisir.
Cette fête avait visiblement été préparée de longue date avec distribution de prospectus en Français et en arabe. Je remarquais la qualité quadrichromique sur papier glacé du prospectus en arabe, qui en faisait un souvenir précieux. Les informations en langue française étaient pour moi irremplaçables, ne sachant pas lire l’arabe. L’éditorial de Bechir Hlel félicitant l’école, personnifiée en une mère qui ouvre les bras à ses enfants, montre l’importance de l’éducation primaire dans la formation du futur adulte
et la vision familiale de la communauté qui se soude autour de son école. Et il est vrai qu’on sentait une convivialité inconnue désormais dans les villes du monde et même dans les quartiers modernes de Tunis, où les voisins ne s’adressent à la rigueur qu’un hochement de tête, en baissant les yeux, comme le ferait n’importe quel citoyen du Monde. A Mégrine Riadh, les habitants soudés autour leur école affichaient, simplicité, jovialité et bonheur de vivre ensemble.
Cette école avec son préau en tuiles rouges, typiques des constructions de la France méditerranéenne a été fondée en 1908 sur un terrain cédé par le Comte Foy. À l’époque Mégrine était un village rural et l’école était entourée de nature. J’ai appris que l’école, à peine ouverte depuis trois ans, avait essuyé une épidémie de choléra en 1911. Il est précisé dans le prospectus qu’elle avait failli être totalement détruite en 1925, suite à une explosion d’un camion chargé de cheddite. Pendant la deuxième guerre mondiale alors que, précisément mon père y suivait ses cours, l’école avait été fermée suite aux vicissitudes de la guerre : la Marine Française réquisitionnait l’école en décembre 41, mon père avait alors 10 ans. C’était au tour des Allemands en 42 de la réquisitionner et elle ne fut récupérée qu’après la libération de Tunis par les Américains en mai 1943.
Alors que j’écris ces mots, des souvenirs d’enfance se déroulent dans ma tête…car ma mère m’avait raconté le raid américain sur leurs maisons et que les bombes avaient tué des innocents. Or, dans le prospectus remis par le directeur de l’École, j’apprends la date de cet évènement le 19 janvier 43, ma mère avait presque 12 ans mais n’allait pas à l’école, elle était placée comme petite bonne chez une famille italienne de Mégrine… quant à mon père, il avait probablement déjà quitté l’école, ayant rejoint le lycée à Tunis. Mais lui me parlait des Américains qui lui avaient appris à jouer au baseball. Souvenirs, souvenirs…quand tu nous tiens !
13:20 Publié dans Blog Tunisie, Histoire, patrimoine, pélerinage, Une femme, un lieu, Voyage | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Mégrine, Megrinoise, Mégrinois, Ecole, Tunisie, Tunis, commémoration



Commentaires
Et bien te voilà devenue maîtresse d'école ! c'est une bien belle profession !
Ecrit par : daude | 05.07.2008
bravo pour ce blog fort attachant et qui fait rever pvo au prochain....
Ecrit par : van overstraeten | 07.07.2008
Très touchée par cette évocation d'un retour à l'enfance...Peut-être le début d'une biographie...
Amitiés, Nita
Ecrit par : Nita Augustin | 07.07.2008
bravo pour ce animation nostalgique de l'enfance .ca me permet à moi aussi de me rappeler un peu ma scolarité .j'ai fait le lycée de radès et j'avais des professeurs francais qui habitaient megrine dont mr texier prof de maths sa femme prof de geo mme charlot prof de francais mme cauche prof d'histoire et bien d'autre ...
Ecrit par : raja kaak | 09.07.2008
j'aimerai bien revoir l'école primaire de mégrine-lescure. c'est dans cet etablissement, dirigé par M. Magnan ,que j'ai effectué toute ma scolarité avant de rejoindre le lycée de Rades. merci et a bientot jo
Ecrit par : CASANOVA jo | 13.12.2008
j'ai, moi aussi fréquenté l'école primaire de mégrine .M. Magnan dirigeait cet établissement. ensuite le lycée de Rades. en 1956 nous sommes rentres en Corse.c'est avec une grande émotion que j'ai lu le commentaire de mlle Géronimi.merci et a bientot sur le blog jo
Ecrit par : CASANOVA jo | 13.12.2008
j'ai, moi aussi fréquenté l'école primaire de mégrine .M. Magnan dirigeait cet établissement. ensuite le lycée de Rades. en 1956 nous sommes rentres en Corse.c'est avec une grande émotion que j'ai lu le commentaire de mlle Géronimi.merci et a bientot sur le blog jo
Ecrit par : CASANOVA jo | 13.12.2008
coucou: merci pour ce blog; a bientot jo
Ecrit par : CASANOVA jo | 13.12.2008
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