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17.02.2008

Mes aïeules de Tunisie

Ne vous ai-je jamais parlé des femmes de ma famille, celles de la Tunisie? Je ne crois pas car je n'en parle jamais. Et pourtant, un livre a fait ressurgir ces mémoires oubliées. Ce livre esr un ouvrage universitaire, fruit du travail du laboratoire du patrimoine de l'Université de la Manouba: Les Communautés Méditerranéennes de Tunisie. Ce livre a pour moi tout d'abord une belle histoire car c'est un cadeau merveilleux que m'a fait Habib Kazdaghli, responsable de l'unité Histoire et Mémoire du laboratoire de recherches, régions et ressources patrimoniales de Tunisie.

En novembre dernier, j'ai rencontré ce professeur, par l'intermédiaire de ma grande et merveilleuse amie libanaise Liliane Barakat, une géographe et femme de coeur avec laquelle je tisse une toile d'amitiés depuis des années.  Et cette  rencontre est loin d'être anodine  car nous  partageons des centres d'intérêts évidents. Nous avons parlé  à bâtons  rompus dans le hall de mon hôtel sur la rue de Palestine à Tunis et nous avons compris que nous étions sur la même longueur d'ondes...quelques jours plus tard je rapportai en France un livre qu'il m'avait dédicacé: A Martine, citoyenne de la Méditerranée, berceau des civilisations.

Ce livre est, depuis quelques jours, mon livre de chevet et j'y plonge avec délices à la recherche d'un détail éclairant ma propre vie qui est restée si longtemps sans racines précises. Je sais d'instinct que je suis de ce pays, même si je ne suis pas musulmane, même si je baragouine à peine quelques expressions tunisiennes, même si j'ai vécu 95% de ma vie, déjà bien entamée, hors de ce pays. Je le sais parce que des liens invisibles sont là pour me rappeler des couleurs et des sons, des parfums et des ambiances, tout un monde enfoui dans ma mémoire d'enfant.

a23d8480115933a45354a492a6c794b8.jpgIl est un chapitre de ce livre qui est fort éclairant, celui d'Adrien Salmieri, intitulé : La Communauté italienne de Tunisie (milieu du XIXe-milieu du XXe). Dans l'introduction, une note nous éclaire sur l'origine de cette publication, à savoir, une note de recherches de 1996, "notes sur la colonie sicilienne de Tunisie", publiée à Paris dans Ailleurs, d'Ailleurs. Comme le web est une source de renseignements, j'ai évidemment glané quelques renseignements sur l'auteur qui est de la génération de mes parents "Né à Tunis en 1929, Adrien Salmieri offre un regard sur la Tunisie qui reflète l'imaginaire de la colonie italienne dont il est issu. Le pays de son enfance correspond donc à la Tunisie italianisée qui fut le décor de l'épopée des Italiens, qu'il fait revivre en littérature à l'aide de son propre témoignage."

Il y a quelques années une douzaine, au Québec, j'avais fait venir par le prêt inter-universitaire un livre ancien publié à Paris de 1905, celui de G. Loth, Le peuplement italien en Tunisie et en Algérie. C'était le début de mon interrogation sur mon identité, cela faisait suite à la découverte sur "la race ardente" que cherchaient à créer les Français dans leurs colonies nord-africaines. Je me souviens très bien avoir lu cette expression dans les discours de la fin du XIXe en France, textes repris dans les revues de sociographie que je feuilletais dans la bibliothèque de l'Université Laval en 1995. Et quel choc ce fut pour moi de m'imaginer l'héritière de ces colons envoyés peupler une terre "protégée" par la France.

Les deux femmes dont je veux vous entretenir sont la mère de mon père Anna Palazzolo et la grand-mère de ma mère. La première, je l'ai bien connue, la deuxième pas du tout. La première était née en Tunisie, d'un père immigrant sicilien, venu avec ses frères de la Sicile voisine. La deuxième était maltaise. Ma grand-mère s'était mariée à un militaire français d'origine Corse qui venait de s'installer en Tunisie en 1930, envoyé par sa famille dans ce paradis que représentait la Tunisie pour les trop bouillonnants fils de famille.

Ces deux femmes ont connu la Tunisie durant plus de 70 ans. Mon arrière grand-mère maternelle avait connu la Tunisie de 1905, celle décrite par G. Loth, dans laquelle les Maltais étaient une minorité "tricotée serrée" où 92% des femmes épousaient un autre maltais, d'après les statistiques données en référence  par Carmel Sammut, dans le  livre sur les communautés méditerranéennes. Or, mon arrière grand-mère était une madame Trifilo, nom probablement d'origine sicilienne de Trapani, donc elle était une originale, si tel était le cas. La seule photo que je connais d'elle n'est guère réjouissante, une femme au visage triste et fermé aux côtés d'un homme en uniforme à la mine peu engageante et au regard froid. Un homme méchant m'a toujours dit ma mère!

Ma Grand-Mère, elle avait connu un mariage décevant avec un homme pas facile, coureur de jupons, brigadier à Mégrine, ville où je suis née et où j'ai été baptisée. Elle a fini sa vie à Marseille, ne parlant plus de la Tunisie où il semble qu'elle ait été malheureuse. C'était une grand-mère simple et bonne qui aimait rire, boire un coup et qui s'était mise à fumer en arrivant en France, à plus de 40 ans, sans plus rien  pour vivre, sauf son énergie, sa générosité et son courage. Pauvre divorcée sans travail elle réussit à s'en sortir grâce à un boulot de femme de service dans une clinique marseillaise. Sa Tunisie, c'est celle des années 20 à 60. Elle n'est jamais retourné en Tunisie même avant sa mort, elle n'a pas fait ce voyage de nostalgie que tant d'anciens se sont mis à faire depuis quelques années. Je crois qu'elle aurait aimé la Tunisie de 2008.

Quand je suis en Tunisie je la revois dans un grand nombre des femmes d'un certain âge, et surtout je l'entends... elle avait conservé l'accent de là-bas! 

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Commentaires

bonjour,

Actuellement entrain de réaliser notre arbre généalogique, il s'avère que votre article nous amène a faire le lien, avec la tunisie et une partie de l'histoire de notre famille portant le nom de trifilo et ayant vécu à Tunis au début des années 1900-1930.
Notre arrière grand père Carmelo Trifilo de Trapani (Sicile) se serait marié à la cathédrale de Tunis avec une madame Arbola puis plus tard avec Rosaria Sucamiele.
A la suite enfants et petis enfants ont quitté la Tunisie pour le Sud de la France.....
Serait donc possible compte tenue de ces éléments, de faire un éventuel lien de près ou de loin avec Madame Trifilo dont vous faites allusion dans votre texte ?

Ecrit par : chognard | 23.02.2008

Je viens d'appeler mes parents et la grand-mère de ma mère était bien Rosaria Succamiele!
Pouvez-vous me laisser en privé vos coordonnées nous sommes de la même famille apparemment!
tourama2001@yahoo.com

Ecrit par : Martine | 23.02.2008

Bonjour, je suis tombée par hasard sur ce site et j'ai vu que vous parliez d'une "rosaria succamiele" or je suis moi même une succamiele et j'habite dans le sud de la france donc je voudrais en savoir un peu plus sur cette femme qui est surement une aieule
Est ce que vous connaissez aussi un sauveur succamiele ou un gaspard succamiele???
je vous remercie d'avance pour vos explications

Ecrit par : Lau | 05.05.2008

la grand-mère de ma mère était bien Rosaria Succamiele!

Ecrit par : Martine | 05.05.2008

Est ce que je pourrais avoir les noms des frères et/ou soeurs de votre grand-mère???
(peut être y a t'il mon arrière grand père: Gaspard)
Merci!

Ecrit par : lau | 06.05.2008

bonjour , je vous félicite pour vore blog - la tunisie est pour moi le pays de mon enfantce - - 4 générations d'italiens et Maltais y sont nés -
je suis moi-^même née à Menzel-Bourguiba (ex-ferryville) en l947 - j'ai besoin régulièremen d'aller humer l'air du pays -
je vous remercie de faire revivre en moi toute cette famille - Liliane Randazzo

Ecrit par : liliane Randazzo | 31.07.2008

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